13 juillet 2018

Les Fantômes du Passé

En attendant la sortie du tome 2 (début 2019) de la série Les Fantômes du Passé, nous en avons profité pour poser quelques questions à son scénariste.

1) Cette histoire, qui se déroule en 1912, mêle deux thèmes mythiques : le seul et unique voyage du TITANIC, et Jack l’éventreur, même si plusieurs années se sont écoulées depuis les abominables meurtres commis à Londres en 1888 et l’épopée de la célèbre agence Pinkerton. Comment vous est venue l’idée  de mêler tous ces thèmes ?

R. Seiter : Tout d’abord, rendons à César ce qui lui revient. L’idée de départ vient de Luc Brahy, qui avait envie de travailler sur le double thème du Titanic et de « Jack the Ripper ». Comme Luc fait déjà beaucoup de choses et qu’il se sent plus dessinateur que scénariste, nous en avons parlé et j’ai repris le projet en incluant cette piste dans le scénario. 

2) Pourquoi se faire dérouler l’histoire durant la traversée du Titanic ? Le lecteur connaît par avance le tragique destin du paquebot, qui va forcément couler à la fin.

R. Seiter : C’est vrai. Mais l’idée était surtout d’avoir une enquête policière en huis clos, avec en plus, une unité de temps très courte, puisque la traversée ne dure que quelques jours. Le voyage du Titanic et son naufrage sont déjà en soi des thèmes assez sinistres. Placer en plus à bord un tueur aussi incontrôlable comme Jack l’Eventreur rend le voyage carrément cauchemardesque. C’était un challenge intéressant.

3) Vous avez signé plusieurs séries victoriennes chez différents éditeurs. « FOG , « Edgar Allan Poe » et « Mysteries » chez Casterman, « Special Branch » chez Glénat , trois « Sherlock Holmes » aux éditions du Verger et « Venise Hantée » chez Paquet. Bien que le récit se passe en 1912, incluez-vous les « Fantômes du Passé » dans cette démarche ?

R. Seiter : Absolument. Même si la reine Victoria meurt en 1901, la société « victorienne » se prolonge pratiquement jusqu’au début de la première guerre mondiale. Le mode de vie est presque le même et la technologie va surtout évoluer entre 1914 et 1918, durant le conflit. Mais la principale raison qui me conduit à répondre positivement à votre question est qu’Alice Launceston-Graves, l’héroïne des « Fantômes du Passé », est la fille de Ruppert Graves et Mary Launceston, les héros de FOG. Dans le dernier volet de FOG, Mary est enceinte et pendant des années, les lecteurs m’ont malicieusement demandé si elle avait accouché d’un garçon ou d’une fille et quand Cyril Bonin et moi-même allions donner une suite à FOG. 

De ce point de vue, les « Fantômes du Passé » sont clairement une suite de FOG. On pourrait même dire que ce diptyque est un cinquième cycle de FOG, dans la mesure où l’univers, le mode narratif et la construction des différents personnages sont tout à fait identiques à ce que je faisais dans FOG. Certes, le dessin de Luc Brahy est différent de celui de Cyril Bonin, mais il est tout aussi esthétique et efficace. Et puis, Alice est journaliste, comme l’était son père. Et elle est tout aussi libre d’esprit que sa mère. En fait, Alice est une bonne combinaison entre Ruppert Graves et Mary Launceston. C’était d’ailleurs un des bons côtés de ce projet, qui a été du coup très intéressant à réaliser pour moi.

4) Dans « Les Fantômes du Passé », vous abordez le thème de Jack l’Eventreur, qui a déjà été souvent abordé par d’autres auteurs. Pourquoi avoir repris ce sujet ?

R. Seiter : C’est vrai, ces dernières années, plusieurs ouvrages ont été consacrés à Jack the Ripper. Il s’agissait parfois de véritables enquêtes policières menées avec les techniques policières contemporaines. L’ouvrage le plus célèbre est certainement « From Hell » d’Allan Moore. Ces livres abordent le sujet avec des approches très différentes. Mais pour en avoir lu beaucoup, très peu de théories s’avèrent réellement convaincantes. « Jouer » avec ce thème ne me posait donc pas vraiment de problème, d’autant que mon approche est tout de même très originale et certainement très surprenante pour les lecteurs. Pour être tout à fait honnête, j’avais déjà abordé cette thématique dans un court récit intitulé « Jack Bygrave » paru aux Humanos il y a une vingtaine d’années. 

5) Merci pour vos réponses. Vous vouliez rajouter quelque chose ?

R. Seiter : Il y aurait certainement encore beaucoup de choses à dire. Mais le plus simple est de laisser les lecteurs découvrir « Les Fantômes du Passé ». Je suis en tout cas ravi que le Groupe Paquet permette au ditpyque complet de voir le jour.