4 décembre 2017

Les Dalton : interview des auteurs

Bonjour Olivier, bonjour Jesus ! Tout d’abord, bravo pour ce diptyque épatant…

Comment le projet des Dalton est-il né, et comment vous êtes-vous rencontrés ?

Olivier Visonneau : Le projet est né il y a quelques années. En tombant par hasard sur un article consacré aux Dalton, je me suis rendu compte que je ne connaissais pas leur véritable histoire. Ça a réveillé ma vieille envie de faire un western. Je me lance dans l’écriture. Deux dessinateurs se succèdent et jettent l’éponge pour diverses raisons. Je me retrouve seul avec mon scénario que j’envoie à Pierre Paquet. Il me met en relation avec Jesus qui accepte le projet.

Jesus Alonso : C’est une histoire étrange, comme pour tous les projets auxquels je participe. Après avoir terminé la bande dessinée PDM, j’étais supposé attaquer un autre projet, quand mon éditeur a vu quelques esquisses de cowboys que j’ai publiées sur Facebook. J’ai alors reçu un mail avec le scénario des Dalton par Olivier Visonneau. Pour moi, c’était un vrai cadeau ! Deux ans et deux albums plus tard, Olivier et moi ne nous sommes toujours pas rencontrés… (Il rit.)


Quand on pense aux Dalton, on pense inévitablement à Lucky Luke. Êtes-vous vous-même amateur de cette série ? Et vous a-t-elle inspirés ?

O. V. : J’ai grandi avec Astérix, Spirou, Tintin et compagnie. Si Lucky Luke était de loin ma série préférée, elle n’a pas été une source d’inspiration pour autant. Je voulais ancrer les Dalton dans la réalité historique. Mais je ne pouvais pas écrire les deux albums sans y glisser un clin d’œil à Morris.

J. A. : J’ai toujours adoré Lucky Luke, depuis mon enfance. Tintin et Lucky Luke ont toujours fait partie de mes références. Évidemment, comme cela a aussi été mon cas, la plupart des gens connaissent les Dalton grâce à cette série, et pensent qu’ils n’ont jamais existé en vrai. Quand j’ai commencé mes recherches, j’ai commencé par lire la série Blueberry car je pense qu’il s’agit de l’une des plus importantes références de vieux westerns, dont j’avais besoin de m’imprégner. Et, plus tard, j’ai acheté la collection complète de Lucky Luke pour étudier leur représentation, et comme tout était fait, jusqu’aux chapeaux, armes, trains, villages… Bien sûr, là encore, cela m’a inspiré.


Il est très intéressant de découvrir enfin le véritable destin de personnages aujourd’hui si célèbres dans la fiction. Quel a été le travail de recherche pour le scénario ? Les archives sur les « vrais » Dalton sont-elles nombreuses ?

O. V. : En cherchant de la documentation, je tombe sur l’autobiographie d’Emmett Dalton. Je suis aux anges. Un des principaux membres du gang raconte sa propre histoire.
Le livre est parfois confus. C’est un mélange d’anecdotes. Il est surtout intéressant pour le témoignage sur les us et coutumes de l’époque et pour en savoir un peu plus sur la psychologie des personnages.
Je cherche d’autres sources. Heureusement, Internet regorge d’informations, plus ou moins contradictoires, que je recoupe avec le récit d’Emmett.


Y a-t-il une part de fiction dans le scénario de ces deux albums ?

O. V. : Les albums respectent la chronologie des événements. Ils relatent cinq ans de la vie des Dalton en 112 pages. J’ai été obligé de couper certaines séquences et d’en inventer d’autres pour rendre les ellipses plus digestes et ne pas perdre le lecteur en route.


Les frères Dalton sont connus pour être de redoutables bandits. Mais dans votre album, ils sont avant tout des hommes, amoureux, complexes, attachants. Cette bande dessinée était-elle un moyen de les rendre plus humains ?

O. V. : Je n’ai pas cherché à les rendre plus humains. J’ai tenté de transmettre aux lecteurs l’empathie que j’ai éprouvée pour la fratrie.
Les Dalton n’avaient pas pour vocation d’attaquer des trains ou des banques. Pour eux, un braquage réussi était un braquage sans victime innocente. Ils avaient un contentieux à régler avec le gouvernement et la justice de leur pays. Ils ont pris le chemin de l’illégalité et ont été dépassés par les événements. Après quelques années de cavale, à jouer au chat et à la souris avec les autorités, ils commencent à rêver d’une vie meilleure. Les femmes qui les entourent ne sont pas étrangères à cette prise de conscience.


Jesus, après Le Fantôme de Gaudi, voilà que nous faisons un saut en plein coeur du far west… C’est un univers bien connoté et surtout bien différent de celui de votre précédent ouvrage, du point de vue des décors, des couleurs, des vêtements… Était-ce une sorte de défi ?

J. A. : En effet, c’est complètement différent. Et honnêtement, j’adore ça. Quand je termine une bande dessinée, j’ai besoin de changer, d’une façon ou d’une autre, l’énergie que je crée au fil des pages. Je suis en constante évolution, donc chaque projet est un nouveau challenge.
Dans le cas des Dalton, j’ai vraiment apprécié d’avoir la chance de réaliser ma propre version d’un univers que j’ai toujours adoré. Je ne suis pas un fanatique absolu du monde du western, mais il y a quelque chose dans les images d’époque qui m’a toujours plu. Le soleil, la poussière, les tirs manqués, les différents chapeaux, les… tout ! Même les chevaux !


Comment avez-vous collaboré sur ce projet ?

J. A. : À vrai dire, c’est facile de collaborer avec Olivier, car son travail est très professionnel. Dès le départ, ses intentions étaient claires, et la description des actions et du développement des situations étaient simples à comprendre.
Il a fait un brief et une ébauche de storyboard en fonction de comment il imaginait les planches. Cela s’avère utile, même si j’ai dû changer certaines idées. Il a accepté toutes mes propositions. Lorsqu’il a ensuite accepté mon storyboard, j’ai préparé les crayonnés. S’ils étaient validés par lui et mon éditeur, je faisais l’encrage final, puis la couleur (tous deux numériques).

O. V. : Nous ne nous sommes malheureusement jamais rencontrés, donc tout se passait par le biais d’Internet. Je ne suis intervenu que de très rares fois sur les planches. C’était à chaque fois un grand plaisir de voir les Dalton prendre vie sous le crayon de Jesus.


Jesus, envisagez-vous de réaliser un jour un album en tant qu’auteur complet ?

J. A. : J’ai toujours réalisé des projets aux côtés de scénaristes, dont la plupart sont des amis - même après avoir travaillé ensemble ! (Il rit.) Cela m’a permis de découvrir quel travail lourd et difficile il y a derrière une bonne histoire, et la complexité de la transcrire en bon album. Après six bandes dessinées accompagné de différents auteurs, je ressens l’envie d’essayer de faire un album seul. J’ai quelques idées et beaucoup de notes, et peut-être que mon prochain projet sera de devenir auteur complet, en tout cas essayer.


À quel frère Dalton vous identifiez-vous le plus et pourquoi ? Sinon, quel est votre Dalton préféré ?

O. V. : Je n’ai pas le charisme de Bob ou la nonchalance d’Emmett et encore moins le tempérament impétueux de Grattan. Pourtant, ils ont chacun un peu de moi… On tente toujours de se mettre à la place du personnage que l’on fait parler. C’est le plaisir de l’écriture.

J. A. : Honnêtement, je ne peux m’identifier à aucun de ces salop**rds… (Il rit.) Mais en tout cas, il y en a certains que j’ai préféré dessiner à d’autres. Bob était le plus simple, et Emmett après lui. En dehors des frères Dalton, j’ai adoré dessiner les personnages féminins et Charlie Blackface, même s’il fait justement partie des plus compliqués à dessiner.


Pour finir, quels sont vos prochains projets ?

O. V. : Je travaille actuellement sur un livre pour enfants et j’ai deux autres projets d’albums en préparation… dont un nouveau western.

J. A. : Après avoir terminé ma collaboration sur un projet d’animation aux États-Unis, je vais essayer de préparer un projet seul, comme je l’évoquais plus tôt. Une histoire complexe pour adolescents. Et, bien sûr, dans un nouveau style que je cherche encore. Plus d’infos à venir…

Merci à tous les deux !


La série Les Dalton :
T1 : Le premier mort (29/06/2016)
T2 : Le dernier jour (22/09/2017)